C'est le printemps de toutes les craintes largement médiatisées par l'association des maires Ville et Banlieue de France présidée par Marc Vuillemot. La démission de Stéphane Gatignon, maire de Sevran, a été le catalyseur d'une « grogne » face au désengagement de l'Etat dans nombre de dossiers concernant les banlieues et quartiers populaires : Programme de Rénovation Urbaine, contrats de ville, contrat aidés, programme de réussite éducative, etc....L'association a donc lancé une alerte médiatique estampillée  "le burn-out des maires : NOUS SOMMES TOUS GATIGNON !"

Nous, maires et conseillers municipaux et intercommunaux des banlieues, des centres anciens dégradés, des quartiers populaires des périphéries urbaines autant que des centre-bourgs ruraux, sommes tous des Stéphane Gatignon.

Nous n'en pouvons plus.

De toutes les figures politiques, le maire est celle qui résiste le mieux à la perte de crédit en la chose publique. Une majorité de Français lui fait encore confiance, alors que le député est tombé au-dessous de la moyenne, sans parler de l'exécutif national, qui a très vite plongé dans des abîmes d'impopularité. Si le maire tombe, c'est toute la République qui chute.

L'un des nôtres a jeté l'éponge.

Nombre d'entre nous, qui portons à bout de bras les réponses aux besoins d'égalité, de liberté et de fraternité pour les presque six millions d'habitants de nos 900 communes métropolitaines et ultramarines, sommes éreintés. Quand d'autres sont premiers de cordées, nous nous vivons comme premiers de tranchées.

Au moins, depuis quarante ans et jusqu'en 2017, quelles qu'aient été les sensibilités politiques des gouvernements, avions-nous en face de nous des interlocuteurs de la nation avec lesquels la négociation, pour obtenir qu'il soit fait droit aux aspirations à la bienveillante solidarité républicaine due aux plus déshérités de nos concitoyens, était parfois vive mais toujours constructive et respectueuse.

Mais, alors que, hier, les États Généraux de la politique de la ville réunis à Grigny (Essonne) en réaction aux funestes mesures gouvernementales et parlementaires qui rayaient d'un trait de plume crédits et dispositifs d'insertion, lançaient l’alerte — laquelle, par son ramdam (le mot n’est pas neutre) conduisit le Président de la République à promettre de « co-construire » avec les élus locaux et les acteurs économiques, sociaux et associatifs de nos quartiers prioritaires une « nouvelle saison » de la politique de la ville —, aujourd'hui ses ministres n'affichent qu'un mépris hautain à notre endroit et celui de nos concitoyens. Le populisme monarchique d'une caste de marquis libéraux nuit gravement à la santé de notre République.

Nous sommes pourtant des dizaines à travailler d'arrache-pied afin de répondre à l'invitation du Président, délaissant chaque semaine nos communes pour participer à des groupes de travail dont les technocrates ministériels infléchissent et manipulent les conclusions. Nous avons aussi répondu avec enthousiasme et détermination à la sollicitation de M. Borloo d'accompagner de nos expertises sa mission de préconisations à formuler au Chef de l'État.

Nous portons l'exigence d'une dérogation pour nos communes aux règles du pacte de confiance État collectivités et de moyens budgétaires significatifs et immédiats pour la rénovation urbaine et l'accompagnement social, formatif, d'insertion professionnelle, sanitaire, culturel, préventif de la délinquance et des radicalisations, dont ont besoin les habitants de nos quartiers. Et nous réclamons un retour au respect républicain qui est dû à nos fonctions électives, gage de la considération due à nos administrés.

Les toutes prochaines semaines seront cruciales. Les choix que fera M. Macron pour les sites populaires fragiles constituent l'ultime voie pour que se rétablisse — ou pas — la confiance entre plus d'un dixième du peuple de France et la nation républicaine.